L’art du suspense

Il nous soutire de précieuses heures de sommeil, nous empêche de quitter un livre des yeux, nous rend accros… Je parle bien sûr du suspense !

 

Mais alors, comment le créer et le rendre efficace ?

J’ai creusé la question pour vous, et voilà ce qu’il en est ressorti :

 

1ère étape : La construction de l’intrigue.

Je reviens une fois de plus sur l’importance de créer un plan ou du moins, de poser les bases/la ligne directrice de votre histoire. Car créer une intrigue principale, c’est bien, mais il sera très compliqué d’ajouter des intrigues secondaires et complémentaires au récit si on ne dispose d’aucune vision concrète du projet dans son ensemble. Or, c’est en intégrant tout un tas d’intrigue que le suspense s’imposera de lui-même.

Je prends l’exemple d’Harry Potter (car JK Rowling est l’une des références en matière de suspense, elle détient un véritable don). L’intrigue principale regroupant les 7 tomes, c’est Harry cherchant à combattre le mal incarné par « Volde… » pour rétablir les choses et venger ses parents.

Avec ça, le lecteur est déjà embarqué dans les 7 tomes, trop avide de savoir si la quête de Harry aboutira un jour ou pas. Mais surtout comment. Et c’est à travers ce « comment » que les intrigues secondaires et tertiaires prendront tout leur sens et leur importance.

En dispersant des informations par-ci par-là au lecteur, JK Rowling va progressivement embarquer le lecteur dans son univers. Elle le fait si bien que durant les 7 tomes, le lecteur fait face à une multitude de révélations, de rencontres insolites, de mystères enfin percés à jour, de situations pour le moins cocasses… Aucune place pour l’ennui. Le rythme est parfaitement maitrisé. Et ce, parce que l’auteure a extrêmement bien ficelé son intrigue. Je dirais même que tout a été millimétré. Comment aurait-elle pu parvenir à créer tout cet univers sans avoir élaboré de plans au préalable ?

 

La création d’un plan n’est donc pas quelque chose d’obligatoire, mais elle est chaudement recommandée pour optimiser les intrigues à fort suspense.

 

2ème étape : Les erreurs à ne pas commettre :

Trop de suspense tue le suspense…

Si le lecteur se perd dans une multitude de questionnements, il ne pourra plus mettre de l’ordre dans ses idées. Vous perdez donc son attention et lui imposez de la distance vis-à-vis de votre histoire et vos personnages.

Sachez que le lecteur déteste qu’on le prenne pour un idiot. Il sera frustré si à la fin d’un polar, on découvre que le tueur est quelqu’un d’inconnu dès le départ. Tout comme il sera frustré s’il avait deviné qui était l’assassin depuis le début et que tout lui a semblé cliché, sans profondeur. Et il estimera avoir perdu son temps.

Dans les affaires, on dit que « le client est roi ». Gardez bien à l’esprit que dans l’écriture d’un roman « le lecteur est roi ». Il cherche à ce qu’on le divertisse sans abuser de sa patience ou remettre en doute son intelligence. Tout est question d’équilibre.

 

Trop de transparence tue le suspense, aussi…

Faire participer le lecteur est très important. Il faut lui donner un avantage sur les personnages, mais en toute finesse. Car s’il dispose d’un recul trop important, il se retrouvera en retrait de l’univers et ne pourra plus s’identifier aux personnages. Vous êtes lecteurs, vous aussi. Vous savez combien il est agréable de se sentir immergé dans un récit.

 

Le piège, lorsqu’on débute dans l’écriture, c’est de ressentir le besoin de tout dévoiler tout de suite.

Que seraient les romans d’Harry Potter si, dès le départ, JK Rowling avait introduit son histoire ainsi : « Il était une fois un jeune orphelin nommé Harry Potter (+ description détaillée du jeune garçon). Il ne le savait pas encore, mais il était un sorcier très puissant, le seul qui pouvait résister à la magie du redoutable Voldemort ».

En seulement quelques phrases, JK Rowling aurait ruiné des pages entières (voire des tomes) de suspense. Le lecteur adore suivre les aventures du petit Harry au fur et à mesure que le héros les découvre. D’abord, il se passe des choses étranges dans son quotidien, ce qui nous interpelle autant que lui. Si on avait su avant que c’était un sorcier, l’effet n’aurait pas été le même. Ici, nous sommes plongés en pleine perplexité en même temps que lui.

Là encore, JK Rowling donne de la profondeur et rajoute un énorme suspense autour du grand méchant, en le nommant « celui dont on ne doit pas prononcer le nom » à la place de « Voldemort ». Ce sont toutes ces petites astuces et détails qui feront la différence auprès du lecteur.

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas Harry Potter, je vois cela comme un dîner au restaurant. Je préfère découvrir l’entrée, le plat et le dessert à point nommé et me laisser emporter par les saveurs qu’apporte chacun, au fur et à mesure. Je n’aurais aucun plaisir à rester longtemps quelque part où on me sert la totalité sur un plateau en même temps (cantine, cafétéria). J’aurais même tendance à manger rapidement sans pleinement profiter de chaque aliment. Une part du charme a été rompue, quelque part. Aucun effet de surprise n’est à prévoir, tout est là. Et même si c’est bon, ça n’aura pas le même impact que dans le premier contexte.

 

Donc non, vous n’êtes pas obligés de décrire votre personnage dans son intégralité dès le début, ni les lieux dans lesquels il évolue, encore moins les personnages secondaires. Ne noyez pas le lecteur dans une pluie d’informations pouvant casser le rythme.

Toujours dans mon exemple du restaurant, je trouverais assommant que le serveur me décrive la préparation de chaque plat dans son intégralité avant de me faire servir. Garder une part de mystère pour me permettre de me focaliser sur l’essentiel (la saveur du plat en question) est primordial.

Élaborer des fiches personnages détaillées permettent également de pallier le besoin de trop en révéler. Il n’y a rien de plus divertissant que d’apprendre à connaître un personnage au fil des pages. À vous de surligner les éléments à présenter en priorité sur votre fiche personnage pour en déduire ce qui est secondaire.

 

Pour résumer cette sous-partie, gardez bien en tête que doser le nombre d’information et de description est essentiel pour implanter du suspense. Plus le lecteur pourra se focaliser sur l’intrigue, plus il sera happé par votre plume. Un rythme de lecture devient confortable et addictif s’il n’est pas constamment interrompu par des précisions futiles.

 

3ème étape : Les astuces à intégrer :

1. Le fameux « Cliffhanger » (=un type de fin ouverte destiné à créer une forte attente)

Terminer un chapitre sur un cliffhanger bien mené, encouragera le lecteur à entamer le chapitre suivant au plus vite.

Le personnage tombe nez à nez avec quelqu’un d’inattendu, il découvre quelque chose d’insolite, le destin d’un personnage est subitement menacé… Le but est d’emmener le lecteur à s’interroger sans lui apporter de réponses précises. Les réponses, il les obtiendra dans les chapitres (ou tomes, si vous êtes un auteur sadique) suivants.

 

2. L’alternance de point de vue

Bien que cette technique n’est pas adaptée à tous les genres et toutes les histoires, alterner les points de vue de personnages, d’un chapitre à un autre, favorise le suspense. Au début, parce que le lecteur va se demander quand est-ce que les intrigues des personnages vont se croiser. Puis ensuite, comment chacun réagira vis-à-vis des agissements de l’autre.

De plus, implanter un cliffhanger à la fin d’un chapitre amènera le lecteur à rester captivé jusqu’à ce que le point de vue du personnage en question revienne.

Ce que le lecteur appréciera également dans ce procédé (à condition de ne pas non plus abuser du nombre de points de vue), c’est que ça lui donnera l’avantage sur les personnages. Ce qui nous mène au point ci-dessous.

 

3. Donner l’avantage au lecteur

Lire n’est pas une activité « passive ». Certes, tout un tas d’éléments nous sont imposés (l’intrigue, les mots, l’histoire, les personnages…), mais le lecteur adore conserver une part « active » pour le faire participer un minimum. Vous aussi, quand vous lisez, vous aimez imaginer les univers et les personnages décrits, anticiper ce qu’il pourrait arriver (et se faire avoir de façon brillante et inattendue par la même occasion)… Vous aimez qu’on vous laisse une part d’imagination, comme vous aimez que le récit vous donne l’avantage sur les personnages.

La scène d’entrée du premier tome d’Harry Potter (pour rester sur cet exemple) nous offre le point de vue de sorciers, déposant le bébé Harry Potter au seuil de la porte de son oncle et sa tante. On se doute que ces personnages disposent de pouvoirs magiques, mais nous ne savons pas précisément de quoi il retourne (suspense…). Puis dans leurs dialogues, on apprend que ce bébé est célèbre et c’est la raison pour laquelle ils le confient à sa famille, pour lui éviter tout un tas de problèmes. Le lecteur ne sait pas pourquoi il est célèbre (suspense…) mais cela reste une information qui lui donnera l’avantage sur ce que sait Harry Potter. Dès lors, on souhaite découvrir quand et comment Harry va réagir lorsqu’il l’apprendra à son tour (suspense…)

 

4. Implanter ces quelques intrigues :

Sans rentrer dans le cliché, selon les genres, les intrigues qui favorisent le suspense sont :

– Une menace

– Une quête

– Une tension

– Un danger imminent

– Une promesse

– Un amour naissant

– Une scène d’action à venir

– Une révélation

– Un secret

– Un mystère

– Une attente spécifique

 

N’hésitez pas à suggérer d’autres types d’intrigues !

 

 

Si vous connaissez également d’autres astuces pour apporter du suspense à une histoire, les commentaires sont à votre disposition pour nous les partager !

 

Chouettement vôtre,

 

Marie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires récents

  • Coco
    20 mai 2017 - 15 h 15 min ·

    Une prophétie !!!!!!!!!!!!!!

    Non, j’aime trop les prophéties ^^ ça fait un peu cliché, mais voilà, c’est pas grave. J’ai réussi à en inventer une super bien mais je suis pas trop inspirée par la suite de l’histoire… (c’est Œil d’émeraude, Œil de Sang si vous passez sur wattpad, le prologue est trop bien, le premier chapitre, j’en suis pas si sûre) Sinon j’en ai fait quelques unes dans Le Chat Noir, mais elles sont pas très mystérieuses…

    Bref, le suspens c’est pas trop mon truc (c’est pas du tout pour ça que je t’ai dit que j’avais aucun suspens et que t’as décidé de faire cet article, pas du tout !)

    Bref… (je mange tous les jours en sachant mes plats à l’avance… Au self du lycée comme chez moi !)

    Par contre, pour le suspens à chaque fin de chapitre, j’ai ! Tous mes chapitres finissent sur du suspens (à ma façon), des problèmes ou des phrases qu’on retient. Bref…

    Pour les points de vue, je sais pas si vous avez lu « La guerre des Fées » (c’est trop bien), dans le quatre, surtout, bah ça change de point de vue à chaque chapitre. Alors on passe un chapitre avec, je sais pas, Henry, puis à la fin, quand on s’arrête sur quelque chose qui nous pousse à tourner la page, hop ! On tombe sur Bleu. Alors au début on est déçu, mais on s’y accroche, et on trouve chez elle aussi du suspens. Et puis le chapitre se termine, suspens… puis on tombe sur encore deux autres acolytes qui vont faire des découvertes de leur côté. Et puis on tombe sur un super suspens, et puis… Hop ! On retombe sur Henry, sauf qu’on avait oublié quel problème et quel suspens il avait.

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